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Règle des 4% : Est-elle Encore Fiable pour la Retraite en 2026 ?

La règle des 4% promet une retraite sans épuiser son capital. Mais en 2026, avec des taux bas et des valorisations élevées, est-elle encore fiable ? Analyse complète.

Billy RousseauBilly Rousseau20 min de lecture
Un sablier dont le sable se transforme en pièces de monnaie, symbolisant le taux de retrait soutenable d'un portefeuille retraite

La règle des 4% est probablement le concept le plus cité en matière d'indépendance financière. Popularisée dans les années 1990 par le conseiller financier William Bengen, elle promet une chose simple : vous pouvez retirer 4% de votre portefeuille chaque année, ajuster ce montant à l'inflation, et ne jamais tomber à court d'argent sur un horizon de 30 ans. Séduisant. Mais en 2026, avec des marchés actions au sommet, des obligations qui peinent encore à offrir du rendement réel, et une inflation qui a rappelé son existence à tout le monde, cette règle tient-elle toujours la route ? Cet article fait le point, chiffres et études à l'appui.

TL;DR : ce qu'il faut retenir

  • La règle des 4% vient de l'étude de William Bengen (1994) : un portefeuille 50% actions / 50% obligations n'a jamais été épuisé avant 33 ans avec un retrait initial de 4% ajusté à l'inflation
  • La Trinity Study (1998) a confirmé ces résultats sur une période plus large (1926-1995)
  • Les études récentes (Morningstar 2024, Wade Pfau) suggèrent un taux de retrait soutenable plus proche de 3,3% à 3,5% pour un portefeuille diversifié en 2026
  • Pour un retraité français, la fiscalité change la donne : 31,4% sur un CTO, 30% sur une assurance-vie de plus de 8 ans, ce qui réduit le capital net disponible
  • Le consensus actuel : la règle des 4% reste une bonne heuristique de départ, mais doit être adaptée au contexte de marché, à la fiscalité locale et à l'horizon de retraite

Aux origines de la règle : Bengen et la Trinity Study

William Bengen et le taux de retrait « sans risque » (1994)

En 1994, William Bengen, un conseiller financier américain, publie une étude fondatrice dans le Journal of Financial Planning. Sa question : quel pourcentage de son portefeuille un retraité peut-il retirer la première année, puis ajuster à l'inflation chaque année, sans risque d'épuiser son capital ?

Bengen a testé un portefeuille composé à 50% d'actions américaines (S&P 500) et 50% d'obligations d'État, en simulant chaque période de retraite de 30 ans possible depuis 1926. Son constat : même dans le pire scénario historique (un retraité commençant en 1966, juste avant une décennie de marchés difficiles), un taux de retrait initial de 4% ajusté à l'inflation n'a jamais épuisé le portefeuille avant 33 ans.

Autrement dit, si vous aviez 1 000 000 € au moment de prendre votre retraite, vous pouviez retirer 40 000 € la première année, 40 800 € la deuxième (en supposant 2% d'inflation), et ainsi de suite, sans jamais manquer d'argent pendant au moins trois décennies.

Source : Bengen, W. (1994), « Determining Withdrawal Rates Using Historical Data », Journal of Financial Planning, consulté le 2026-06-29, https://www.financialplanningassociation.org/

La Trinity Study (1998) : la confirmation académique

Quatre ans plus tard, trois professeurs de l'université Trinity (Cooley, Hubbard et Walz) publient une étude qui confirme et affine les travaux de Bengen. La « Trinity Study » teste différents taux de retrait (3% à 12%) et différentes allocations (0% à 100% actions) sur la période 1926-1995.

Leurs conclusions :

  • Un portefeuille avec au moins 50% d'actions et un retrait de 4% affiche un taux de succès de 95% sur 30 ans
  • Un retrait de 3% est « quasi certain » de réussir quelle que soit l'allocation
  • Un retrait supérieur à 5% présente un risque d'épuisement significatif

Ces deux études ont posé les fondations du mouvement FIRE (Financial Independence, Retire Early), en donnant aux aspirants à la retraite anticipée une cible mathématique claire : épargnez 25 fois vos dépenses annuelles (1 ÷ 0,04), et vous êtes libre.

Source : Cooley, Hubbard & Walz (1998), « Retirement Savings: Choosing a Withdrawal Rate That Is Sustainable », AAII Journal, consulté le 2026-06-29, https://www.aaii.com/journal/

Comment fonctionne concrètement la règle des 4%

Le calcul étape par étape

Prenons un exemple concret. Sophie, 45 ans, souhaite prendre sa retraite anticipée avec un portefeuille de 600 000 € investi en ETF monde via un PEA.

  1. Année 1 : Sophie retire 4% × 600 000 € = 24 000 €, soit 2 000 € par mois
  2. Année 2 : l'inflation a été de 2,5%. Elle retire 24 000 € × 1,025 = 24 600 €
  3. Année 3 : l'inflation cumulée depuis le départ est de 4,8%. Elle retire 24 000 € × 1,048 = 25 152 €
  4. Et ainsi de suite chaque année

Le principe est que la croissance du portefeuille (dividendes réinvestis, plus-values) compense les retraits, même en période de baisse. C'est ce que Bengen a démontré : historiquement, ça a toujours fonctionné.

Le multiplicateur ×25 : la cible FIRE

Si 4% de votre portefeuille doit couvrir vos dépenses annuelles, alors votre capital cible est simplement :

Capital cible = Dépenses annuelles ÷ 0,04 = Dépenses annuelles × 25

Un Français qui dépense 30 000 € par an a donc besoin d'environ 750 000 € pour être financièrement indépendant selon cette règle. C'est l'équation qui guide des milliers d'adeptes du mouvement FIRE en France, de Lean FIRE (dépenses minimales) à Fat FIRE (confort élevé).

Pourquoi la règle des 4% est remise en question en 2026

Des valorisations actions historiquement élevées

Le ratio cours/bénéfices du S&P 500 (Shiller CAPE) dépasse 35 en 2026, un niveau atteint seulement deux fois dans l'histoire : juste avant la Grande Dépression de 1929 et lors de la bulle Internet de 2000. Or, les recherches montrent une corrélation forte entre le CAPE au moment du départ en retraite et le taux de retrait soutenable.

Plus le marché est cher au moment où vous commencez à retirer, plus votre taux de retrait « sûr » est bas. En période de valorisations élevées, le rendement futur des actions tend à être plus faible, ce qui fragilise le portefeuille dans les premières années de retraite, les plus critiques.

Des rendements obligataires réels faibles

Le deuxième pilier de la règle des 4%, les obligations, pose également problème. Historiquement, les obligations d'État américaines offraient un rendement réel (après inflation) d'environ 2% à 3%. En 2026, bien que les taux nominaux aient remonté, le rendement réel reste modeste une fois l'inflation déduite.

Un portefeuille 50/50 qui reposait sur les obligations pour amortir les chocs boursiers perd cette capacité d'amortissement quand les obligations ne rapportent presque rien en termes réels.

Des horizons de retraite plus longs

La règle des 4% a été calibrée pour un horizon de 30 ans, correspondant à une retraite classique à 65 ans. Un adepte du FIRE qui prend sa retraite à 40 ans fait face à un horizon de 50 ans, voire plus. Plus l'horizon est long, plus le risque d'épuisement est élevé, même à 4%.

Morningstar, dans son étude annuelle sur les taux de retrait, estime qu'un taux de retrait de 3,3% est plus approprié pour un horizon de 40 ans avec un portefeuille 60/40 en 2026. Pour un horizon de 50 ans, ce taux descend à environ 3,0%.

Source : Morningstar (2024), « The State of Retirement Income: Safe Withdrawal Rates », consulté le 2026-06-29, https://www.morningstar.com/

L'inflation, ce facteur qu'on avait oublié

La décennie 2010-2020 a été marquée par une inflation quasi inexistante dans les pays développés. Le choc inflationniste de 2022-2023 (plus de 5% en zone euro, plus de 8% aux États-Unis) a rappelé que l'inflation est le principal ennemi du retraité. Un retrait de 4% ajusté à 5% d'inflation signifie qu'au bout de 10 ans, vous retirez 62% de plus qu'au départ, alors que votre portefeuille n'a peut-être pas suivi.

En France, l'inflation s'est stabilisée autour de 2% à 2,5% en 2025-2026, un niveau plus gérable, mais qui reste supérieur à la moyenne 2010-2020 (moins de 1%). Ce « nouveau régime » d'inflation modérée, s'il perdure, réduit mécaniquement le taux de retrait soutenable.

Les études récentes qui ajustent le taux de retrait

Morningstar (2024) : 3,3% à 3,7%

L'étude la plus citée en 2026 est celle de Morningstar, qui recalcule annuellement le taux de retrait soutenable pour un portefeuille diversifié. Leurs hypothèses : portefeuille 60% actions / 40% obligations, probabilité de succès de 90%, horizon de 30 ans, ajustement à l'inflation.

Résultat : un taux de retrait entre 3,3% et 3,7% selon les hypothèses de rendement futur. Pour un horizon de 40 ans, le taux descend entre 3,0% et 3,3%.

Wade Pfau : 2,8% à 3,2% pour un non-Américain

Wade Pfau, professeur au American College of Financial Services, a publié plusieurs études qui remettent en cause la règle des 4%, particulièrement pour les investisseurs non-américains. Ses travaux montrent qu'un investisseur français (ou japonais, ou britannique) investi dans son marché domestique fait face à un taux de retrait soutenable plus bas, de l'ordre de 2,8% à 3,2%.

La raison : les marchés non-américains ont connu des périodes de sous-performance plus longues que le S&P 500. Un retraité français investi uniquement dans le CAC 40 aurait vu son portefeuille beaucoup plus souffrir qu'un Américain investi dans le S&P 500. La solution est la diversification internationale, mais elle introduit un risque de change.

Source : Pfau, W. (2019), « Does the 4% Rule Work Around the World? », consulté le 2026-06-29, https://retirementresearcher.com/

Karsten Jeske (Early Retirement Now) : les premières années sont clés

Karsten Jeske, ancien économiste de la Fed, a publié une série d'analyses très détaillées sur son blog Early Retirement Now. Sa contribution principale : les 5 premières années de retraite déterminent 80% de la probabilité de succès. Si les marchés performent bien pendant les premières années (ce qu'il appelle la « sequence of returns » favorable), le retraité peut augmenter ses retraits. Si les marchés chutent en début de retraite, même un taux de 3% peut échouer.

Ce phénomène, appelé risque de séquence, est probablement l'angle mort le plus important de la règle des 4% classique.

Source : Jeske, K. (2025), « The Ultimate Guide to Safe Withdrawal Rates », Early Retirement Now, consulté le 2026-06-29, https://earlyretirementnow.com/

La règle des 4% appliquée à un investisseur français

Fiscalité : le grand oublié des études américaines

Les études de Bengen, de la Trinity et même de Morningstar sont basées sur un cadre américain, où la fiscalité du capital est différente. En France, chaque retrait d'un compte-titres ou d'une assurance-vie est soumis à imposition :

  • CTO (Compte-Titres Ordinaire) : chaque vente génère une plus-value imposable au 31,4%. Si vous retirez 4% de votre CTO, une partie de ce retrait correspond à du capital (non imposable) et une partie à de la plus-value (imposable). Dans la pratique, un retrait de 4% sur un CTO revient à un pouvoir d'achat net d'environ 3,5% après impôts
  • PEA (Plan d'Épargne en Actions) : après 5 ans de détention, les plus-values sont exonérées d'impôt sur le revenu (hors prélèvements sociaux de 18,6%). Le PEA est donc l'enveloppe la plus efficace pour appliquer la règle des 4%, mais il est plafonné à 150 000€ de versements
  • Assurance-vie : après 8 ans, les plus-values sont imposées au 30% (ou au barème progressif sur option), avec un abattement annuel de 4 600€ pour un célibataire et 9 200€ pour un couple. Pour un retraité qui retire moins que ces abattements, l'imposition peut être quasi nulle

En pratique, un Français doit viser un capital cible supérieur de 10% à 20% à celui d'un Américain pour compenser la fiscalité.

Produits spécifiques au contexte français

La France offre plusieurs alternatives qui peuvent compléter, voire remplacer, un portefeuille 60/40 classique pour la phase de retrait :

  • SCPI en direct : un portefeuille de SCPI de rendement comme Iroko Zen, Remake Live ou Corum Origin génère un dividende mensuel ou trimestriel sans avoir à vendre des parts. Le rendement moyen du marché SCPI en 2025 était de 4,91% selon l'ASPIM, ce qui est supérieur au 4% de la règle classique. Attention : les revenus fonciers sont imposés au barème progressif + 17,2%, et la liquidité est limitée
  • SCPI en assurance-vie : les mêmes SCPI logées dans un contrat d'assurance-vie bénéficient de la fiscalité allégée de l'AV après 8 ans. Le rendement est légèrement inférieur (frais de gestion du contrat), mais la fiscalité est plus douce
  • Fonds euros : le rendement moyen des fonds euros en 2024 était de 2,60%, ce qui ne couvre même pas l'inflation. Le fonds euros est un outil de sécurisation, pas de génération de revenus

Source : ASPIM (2025), « Observatoire de l'immobilier de placement », https://www.aspim.fr/observatoire/observatoire-de-limmobilier-de-placement-2025

Un exemple concret : le FIRE à la française

Marc, 40 ans, cadre dans une PME lyonnaise, dépense 28 000 € par an. Il souhaite atteindre l'indépendance financière à 50 ans.

Selon la règle des 4% classique : capital cible = 28 000 × 25 = 700 000 €

Mais en appliquant les ajustements :

  • Fiscalité française (PEA partiellement, puis CTO) : +15% de capital cible → 805 000 €
  • Horizon 45 ans au lieu de 30 ans : taux de retrait de 3,5% au lieu de 4% → capital cible = 28 000 ÷ 0,035 × 1,15 = 920 000 €
  • Marge de sécurité supplémentaire (un an de dépenses en liquidités) : +28 000 € → 948 000 €

Marc doit viser environ 950 000 €, soit 35% de plus que le calcul naïf de la règle des 4%.

Stratégies de retrait alternatives à la règle des 4%

Aucun retraité (anticipé ou non) ne retire mécaniquement 4% + inflation chaque année. Dans la vraie vie, on adapte. Voici les principales alternatives.

Retrait variable (Endowment Model)

Au lieu de retirer un pourcentage fixe du capital initial ajusté à l'inflation, cette méthode retire un pourcentage fixe de la valeur actuelle du portefeuille chaque année. Si le portefeuille monte, les retraits augmentent. S'il baisse, ils diminuent.

Avantages : le capital ne peut jamais s'épuiser (on retire toujours 4% de ce qui reste). Inconvénients : les revenus sont volatils d'une année sur l'autre.

Stratégie « guardrails » (Guyton-Klinger)

Développée par Jonathan Guyton et William Klinger, cette méthode pose des règles simples :

  • Retrait initial de 4% à 5% du portefeuille
  • Si le retrait de l'année N dépasse 120% du retrait initial ajusté à l'inflation, on réduit le retrait de 10%
  • Si le retrait est inférieur à 80% du retrait initial, on l'augmente de 10%
  • En période de perte du portefeuille, on saute l'ajustement à l'inflation

Cette approche permet des retraits initiaux plus élevés (jusqu'à 5,5% dans certains cas) tout en protégeant le capital.

Stratégie « bucket » (trois seaux)

Popularisée par Harold Evensky, cette méthode divise le portefeuille en trois :

  1. Seau 1 (liquidités) : 1 à 2 ans de dépenses, en Livret A (1,5%) et LDDS (1,5%), disponibles immédiatement
  2. Seau 2 (revenus) : 5 à 7 ans de dépenses, en obligations et fonds euros, pour les retraits à moyen terme
  3. Seau 3 (croissance) : le reste en actions, qu'on ne touche pas pendant au moins 7 à 10 ans

On remplit le seau 1 depuis le seau 2, et le seau 2 depuis le seau 3, uniquement quand les marchés sont hauts. Cette approche élimine pratiquement le risque de séquence défavorable.

Le taux de retrait personnalisé (CAPE-based)

Des chercheurs comme Michael Kitces ont montré que le taux de retrait soutenable dépend fortement du ratio cours/bénéfices (CAPE) au moment du départ. Plus le CAPE est élevé, plus le taux de retrait « sûr » est bas :

CAPE du marchéTaux de retrait soutenable (30 ans)
< 12 (marché très sous-évalué)5,0% à 5,5%
12-16 (sous-évalué)4,5% à 5,0%
16-20 (juste valeur)3,8% à 4,5%
20-25 (surévalué)3,2% à 3,8%
> 25 (très surévalué)2,8% à 3,2%

Avec le CAPE du S&P 500 au-dessus de 30 en 2026, le taux de retrait soutenable actuel se situe probablement dans la fourchette basse : 2,8% à 3,2%.

Comment calculer son propre taux de retrait soutenable

Étape 1 : Déterminez vos dépenses annuelles réelles

Ne partez pas d'un budget théorique. Relevez vos dépenses réelles sur 12 à 24 mois (relevés bancaires, applications de budget). Distinguez :

  • Dépenses incompressibles (logement, nourriture, santé, assurance)
  • Dépenses ajustables (loisirs, voyages, restaurants)
  • Dépenses exceptionnelles (voiture, travaux, équipements)

Un retraité anticipé a généralement des dépenses plus faibles (plus de frais de transport domicile-travail, plus de repas à l'extérieur, parfois un logement payé), mais des dépenses de santé qui peuvent augmenter avec l'âge.

Étape 2 : Estimez votre horizon de retraite

Si vous prenez votre retraite à 50 ans, votre horizon est d'environ 40 ans (espérance de vie à 85-90 ans en France). Plus l'horizon est long, plus le taux de retrait doit être bas :

HorizonTaux de retrait recommandé (portefeuille diversifié monde)
30 ans3,3% à 3,7%
40 ans3,0% à 3,3%
50 ans2,7% à 3,0%
Perpétuité2,5% à 2,8%

Étape 3 : Intégrez la fiscalité française

Calculez votre retrait net après impôts en fonction de vos enveloppes :

EnveloppeFiscalité retraitRetrait net pour 4% brut
Livret A / LDDS / LEP0%4,00%
PEA (> 5 ans)18,6% uniquement~3,26%
Assurance-vie (> 8 ans)30% après abattement de 4 600€~2,80% à 4,00% selon montant
CTO31,4% sur plus-values~3,50% à 3,80%
SCPI en directTMI + 17,2%Variable selon TMI

Étape 4 : Appliquez une marge de sécurité

Trois marges de sécurité à considérer :

  1. Réserve de liquidités : 12 à 24 mois de dépenses hors marché (Livret A, LEP, LDDS)
  2. Dépenses flexibles : pouvoir réduire ses retraits de 20% à 30% en cas de crise boursière
  3. Revenus complémentaires : un emploi à temps partiel, un bien locatif, des droits d'auteur

Un retraité qui peut réduire ses dépenses de 25% en période de crise peut se permettre un taux de retrait initial plus élevé (4% à 4,5%) car la flexibilité compense le risque.

La règle des 4% et la psychologie de l'investisseur

Au-delà des mathématiques, la règle des 4% pose une question psychologique fondamentale : êtes-vous capable de continuer à retirer 4% + inflation quand votre portefeuille a perdu 30% ?

C'est le scénario vécu par un retraité qui serait parti en 2000 ou 2008. La première année, tout va bien. La deuxième, le portefeuille chute de 25%. La troisième, vous devez retirer plus (à cause de l'inflation) alors que le portefeuille est au plus bas. La quatrième, vous commencez à douter. C'est précisément dans ces moments que les investisseurs prennent des décisions catastrophiques : tout vendre en bas, réduire drastiquement leurs dépenses, ou reprendre un travail subi.

La règle des 4% n'est pas seulement un calcul mathématique, c'est un engagement comportemental. Si vous n'êtes pas certain de pouvoir maintenir le cap en période de crise, adoptez une stratégie plus conservatrice : retrait de 3%, stratégie bucket, ou revenus complémentaires obligatoires.

La règle des 4% est-elle encore valable en 2026 ?
Oui et non. Historiquement, un retrait de 4% ajusté à l'inflation a toujours fonctionné sur 30 ans. Mais les conditions de marché actuelles (valorisations élevées, rendements obligataires réels faibles) suggèrent qu'un taux de 3,3% à 3,5% est plus prudent pour un nouveau retraité en 2026, surtout avec un horizon long.
Quel capital faut-il pour vivre avec la règle des 4% en France ?
Multipliez vos dépenses annuelles par 25 (pour 4%) ou par 30 (pour 3,3%). Un Français dépensant 24 000 € par an a besoin de 600 000 € à 720 000 €. Ajoutez 15% à 20% pour la fiscalité française, soit 690 000 € à 860 000 € selon l'enveloppe fiscale utilisée.
Quelle est la différence entre la règle des 4% de Bengen et la Trinity Study ?
Bengen (1994) a été le premier à identifier le taux de 4% comme soutenable pour un portefeuille 50/50. La Trinity Study (1998) a élargi l'analyse à différentes allocations et périodes, confirmant le 4% mais montrant qu'un portefeuille avec 75% d'actions avait des taux de succès supérieurs à 50% d'actions sur 30 ans.
Pourquoi le taux de retrait est-il plus bas pour un Français que pour un Américain ?
Deux raisons principales : la fiscalité (31,4% sur CTO, prélèvements sociaux sur PEA) réduit le capital net disponible, et les études historiques sont basées sur le marché américain qui a surperformé la plupart des marchés mondiaux. Un portefeuille diversifié monde réduit ce biais.
Quelle est la meilleure alternative à la règle des 4% ?
La stratégie 'bucket' (trois seaux) est probablement la plus robuste : 1-2 ans de dépenses en liquidités, 5-7 ans en obligations, le reste en actions. Elle élimine le risque de devoir vendre en période de baisse. La stratégie de retrait variable (pourcentage fixe du capital actuel) est plus simple mais produit des revenus volatils.
Combien de temps faut-il pour que la règle des 4% fonctionne ?
Les études originales (Bengen, Trinity) couvrent un horizon de 30 ans. Pour un horizon plus long (40-50 ans, typique du FIRE), le taux de retrait soutenable descend à 3,0-3,3%. La règle des 4% n'a jamais été conçue pour la retraite anticipée permanente, mais elle reste une bonne estimation de départ si on l'ajuste.

Conclusion : Faut-il abandonner la règle des 4% ?

Non, mais il faut l'adapter. La règle des 4% reste une heuristique remarquablement utile pour estimer son capital cible et planifier sa retraite. Elle a survécu à 30 ans d'examen académique, ce qui est rare en finance personnelle.

En 2026, les ajustements à appliquer sont clairs :

  • Réduire le taux à 3,3% - 3,5% si vous commencez votre retraite aujourd'hui et avez un horizon de 30+ ans
  • Intégrer la fiscalité française dans le calcul du capital cible (10% à 20% de capital supplémentaire)
  • Ne pas appliquer la règle bêtement : adapter ses retraits aux conditions de marché, surtout les premières années
  • Diversifier au-delà du 60/40 : inclure SCPI, immobilité direct, éventuellement private equity si le patrimoine le permet
  • Construire une flexibilité : capacité à réduire ses dépenses, revenus complémentaires, réserve de liquidités

La règle des 4% n'est pas une loi physique, c'est une boussole. Elle vous indique la direction, mais c'est à vous d'ajuster la trajectoire en fonction du terrain.


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