Règle des 4 % : est-elle fiable pour la retraite ?
La règle des 4 % est un scénario historique américain, pas une garantie. Méthode exacte, études d'origine, limites et adaptation à la France.

Est-elle fiable ? La réponse directe
La règle des 4 % est utile pour construire un premier scénario, mais elle n'est pas assez fiable pour garantir un revenu à vie. Elle décrit ce qui aurait fonctionné dans certaines séries historiques américaines avec des hypothèses précises. Elle ne promet ni les rendements futurs, ni l'inflation, ni la fiscalité, ni la durée réelle de votre retraite.
Pour l'utiliser sérieusement en France, il faut intégrer les frais, les impôts, les pensions, l'allocation du portefeuille, l'horizon et une règle d'ajustement des dépenses après une mauvaise séquence de marché.
Que signifie exactement « retirer 4 % » ?
La méthode classique suit deux étapes :
- retirer 4 % du capital initial la première année ;
- les années suivantes, ajuster ce montant en euros avec l'inflation.
Avec 500 000 € au départ, le retrait initial est de 20 000 €. Si l'inflation est ensuite de 2 %, le retrait suivant devient 20 400 €, quelle que soit la valeur du portefeuille à ce moment-là.
Ce n'est donc pas la même chose que retirer 4 % du capital restant chaque année. Cette seconde méthode fait varier la dépense avec les marchés et ne peut pas épuiser mathématiquement le portefeuille de la même façon, mais elle peut provoquer de fortes baisses de niveau de vie.
Capital indicatif : la règle de 25
L'inverse de 4 % donne un multiplicateur de 25 :
Capital indicatif = besoin annuel à financer × 25
| Besoin annuel financé par le portefeuille | Capital indicatif à 4 % |
|---|---|
| 12 000 € | 300 000 € |
| 24 000 € | 600 000 € |
| 36 000 € | 900 000 € |
| 48 000 € | 1 200 000 € |
Le besoin à financer n'est pas nécessairement votre dépense totale. Déduisez d'abord les pensions et revenus stables, puis ajoutez les impôts et frais qui devront être payés sur les retraits.
Ce que l'étude de Bengen a réellement montré
William Bengen publie en octobre 1994 Determining Withdrawal Rates Using Historical Data. Il simule des départs à la retraite successifs à partir de 1926 avec des portefeuilles américains d'actions et d'obligations, rééquilibrés, et des retraits ajustés à l'inflation.
Dans l'article original, Bengen écrit qu'avec une exigence minimale de trente ans, un retrait initial de 4 % suivi d'ajustements à l'inflation n'avait épuisé aucun portefeuille testé avant 33 ans. Il note qu'un taux initial de 4,25 % pouvait, dans le pire cas historique étudié, épuiser le portefeuille en 28 ans.
Dans sa présentation rétrospective actuelle, Bengen précise que son résultat chiffré initial était 4,15 %, ensuite simplifié en « règle des 4 % ». Il rappelle aussi qu'il n'avait pas proposé ce nombre comme une prescription universelle.
Ce que la Trinity Study a ajouté
En 1998, Philip Cooley, Carl Hubbard et Daniel Walz publient Retirement Savings: Choosing a Withdrawal Rate That Is Sustainable dans l'AAII Journal. L'étude compare plusieurs taux de retrait, allocations et durées à partir de données américaines de 1926 à 1995.
Elle classe un scénario comme réussi si le portefeuille n'est pas épuisé avant la fin de la période. La préservation d'un héritage n'est donc pas nécessaire pour compter un succès. Les auteurs soulignent également que la planification doit permettre des corrections en cours de route : le montant réel retiré peut devoir être revu à la baisse ou à la hausse.
Bengen est à l'origine de la recherche publiée en 1994 ; la Trinity Study de 1998 l'a prolongée et popularisée. Confondre les deux masque leurs hypothèses respectives.
Les limites majeures
1. Les données sont américaines
Les études d'origine utilisent des actions, des obligations et l'inflation des États-Unis. Un portefeuille français ou mondial, logé dans une assurance-vie, un PEA, un PER ou un compte-titres, n'a pas exactement les mêmes rendements, coûts ni impôts.
2. L'horizon de trente ans n'est pas universel
Une personne qui arrête de travailler tôt peut avoir quarante ou cinquante ans à financer. À l'inverse, pensions, patrimoine immobilier ou rente peuvent réduire le besoin demandé au portefeuille.
3. Les frais réduisent le budget
Les frais de gestion de l'enveloppe, les frais des fonds, les coûts de conseil et les frais de transaction diminuent le rendement disponible. Un retrait brut de 4 % n'est pas un revenu net de 4 %.
4. La fiscalité française dépend de l'enveloppe
PEA, assurance-vie, PER et compte-titres n'imposent pas les retraits de la même manière. La part de capital et la part de gains peuvent aussi être traitées différemment. Une simulation doit appliquer la fiscalité propre aux comptes réellement utilisés.
5. Le risque de séquence est décisif
Deux portefeuilles peuvent obtenir le même rendement moyen et produire des résultats très différents. Une forte baisse au début de la retraite, alors que des retraits continuent, détruit davantage de capital et laisse moins d'actifs pour profiter du rebond.
6. Les dépenses ne sont pas parfaitement régulières
Santé, dépendance, travaux ou aide familiale peuvent créer un besoin exceptionnel. À l'inverse, certaines dépenses baissent avec l'âge. Un montant réel parfaitement constant est pratique pour une étude, mais rarement fidèle à une vie complète.
Une critique académique importante
Jason Scott, William Sharpe et John Watson publient en 2008 The 4% Rule — At What Price?. Ils critiquent le financement d'une dépense réelle rigide par un portefeuille volatil : les bons scénarios accumulent des surplus non dépensés, tandis que les mauvais créent des tensions. Leur article montre surtout qu'un taux de réussite historique ne suffit pas à prouver qu'une stratégie de consommation est optimale.
Comment construire un plan plus robuste
Étape 1 : calculer le besoin net
Partez des dépenses annuelles, retirez les pensions et autres revenus fiables, puis ajoutez les impôts et frais sur les retraits. Séparez les dépenses essentielles des dépenses ajustables.
Étape 2 : tester plusieurs hypothèses
Ne testez pas uniquement 4 %. Comparez plusieurs retraits initiaux, plusieurs durées, une inflation élevée, des frais réalistes et une forte baisse en début de période. L'objectif n'est pas de trouver un chiffre « sûr », mais d'identifier les conditions qui obligeraient à ajuster le plan.
Étape 3 : définir des garde-fous
Écrivez avant la retraite ce qui se passe après une mauvaise année : gel de l'indexation, baisse des loisirs, report d'un gros achat ou réduction temporaire du retrait. Une règle écrite évite une décision improvisée sous stress.
Étape 4 : isoler les dépenses exceptionnelles
Conservez une réserve séparée pour les urgences et les dépenses prévisibles à court terme. La règle des 4 % ne remplace pas une assurance adaptée ni une provision pour travaux ou dépendance.
Étape 5 : réviser chaque année
Mettez à jour le capital, les dépenses, les pensions, l'inflation, la fiscalité et l'horizon. Une stratégie de retrait est un processus de suivi, pas un calcul effectué une fois pour toutes.
Exemple français simplifié
Un foyer dépense 36 000 € par an et reçoit 18 000 € de pensions nettes. Son portefeuille doit financer 18 000 € avant prise en compte de la fiscalité et des frais propres aux retraits. L'application mécanique de 4 % donne un capital indicatif de 450 000 €.
Ce résultat n'est qu'un point de départ. Le foyer doit encore préciser :
- le montant brut à retirer pour obtenir le revenu net voulu ;
- la répartition entre PEA, assurance-vie, PER et autres actifs ;
- la durée de retraite à couvrir ;
- le niveau de dépenses ajustables ;
- la réserve pour dépenses exceptionnelles.
Questions fréquentes
La règle garantit-elle trente ans de revenus ?
Non. Les études montrent des résultats sur des périodes historiques et des allocations définies. Elles ne créent aucune garantie contractuelle.
Faut-il augmenter le retrait de 4 % chaque année ?
Non. Après la première année, la méthode classique ajuste le montant précédent à l'inflation. Elle n'ajoute pas quatre points au retrait.
Le portefeuille doit-il contenir uniquement des actions ?
Non. Les études d'origine examinent des portefeuilles mixtes d'actions et d'obligations. L'allocation influence fortement le résultat et doit correspondre à la capacité de supporter les baisses.
Peut-on appliquer la règle à un départ anticipé ?
Pas sans adaptation. Un horizon supérieur à trente ans augmente l'incertitude et exige de tester des hypothèses plus sévères ou davantage de flexibilité.
Les pensions publiques entrent-elles dans le calcul ?
Oui comme revenu distinct. La règle s'applique seulement à la part des dépenses que le portefeuille doit financer.
Conclusion
La règle des 4 % est un bon langage commun pour commencer une simulation, pas un taux garanti ni une recommandation personnelle. Sa valeur est pédagogique : elle relie un besoin annuel à un ordre de grandeur de capital. Sa faiblesse apparaît dès qu'on oublie les hypothèses américaines, les frais, la fiscalité, la durée et la nécessité d'ajuster les dépenses.
Sources primaires et institutionnelles
- William Bengen, Determining Withdrawal Rates Using Historical Data, octobre 1994, copie archivée
- William Bengen, présentation rétrospective de la règle des 4 %, consultée le 3 août 2026
- Cooley, Hubbard et Walz, Retirement Savings: Choosing a Withdrawal Rate That Is Sustainable, AAII Journal, 1998
- Scott, Sharpe et Watson, The 4% Rule — At What Price?, Stanford University, 2008
- Insee, indice des prix à la consommation : définition et méthodologie
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